Gustave Legray et Mestral, façade ouest, Cathédrale Saint-Pierre, Angoulème (1851) & carte d'état major
Gustave Legray et Mestral, façade ouest, Cathédrale Saint-Pierre, Angoulème (1851) & carte d'état major

Gustave Legray et Mestral, façade ouest, Cathédrale Saint-Pierre, Angoulème (1851) & carte d'état major

Jean Richer, façades ouest et sud, Cathédrale Saint-Pierre, Angoulème (2017)
Jean Richer, façades ouest et sud, Cathédrale Saint-Pierre, Angoulème (2017)

Jean Richer, façades ouest et sud, Cathédrale Saint-Pierre, Angoulème (2017)

Que s'est-il passé entre ces deux images : entre 1851 et 2017, soit 166 ans. Il y eut quelques guerres mondiales, des hommes ont marché sur la lune, la mondialisation est passée par là, la décolonisation bien sûr, la reconquête des centres-villes, la décentralisation de l'État français, la périurbanisation et j'en passe. Et maintenant ?


Entre ces deux images, l'histoire de la photographie a énormément évolué. La technique tout d'abord. Si la révélation sur papier fut bien l'enjeu du milieu du XIXe siècle, le début de l'optique photographique ne permettait qu'un cadrage serré sur la façade principale. D'autre part les photographes de la mission héliographique avaient une formation solide en histoire de l'art qui les portait à l'étude du plan de façade. Depuis, il est évident que la photographie a évolué, englobant plusieurs technologies, jusqu'à l'emploi actuel du numérique et de ses capacités de recomposition de l'image. Celles-ci ne sont pas si éloignées d'ailleurs des montages par collages effectués par Baldus (pour l’amphithéâtre de Nimes par exemple).


Entre ces deux images, il y a surtout eu la restauration de l'architecte Paul Abadie (fils) qui désira revenir à la romanité initiale de l'édifice, supprimant ses ajouts postérieurs et réinterprétant l'édifice initial. Cet intervalle, et l'ensemble des restaurations qu'il comporte, montre une réinterprétation du monument et par là même du passé. Il montre une vision chimérique d'un ouvrage qui n'a jamais existé hormis dans l'imagination d'un architecte du XIXe siècle.
Les modifications observables sont de trois types. D'une part l'évolution technologique de la photographie, d'autre part celle d'un imaginaire constructif et enfin celle de la société. Il s'agit bien d'une réécriture de l'histoire avec des démolitions importantes pour supprimer toutes autres traces (gothiques et postérieures). Cet intervalle montre donc une renaissance, à la fois urbaine mais avant tout imaginaire : celle d'un passé réinventé.


Pourquoi alors nous intéresser en 2017 à cette façade, à cet édifice ? Il est le symptôme de ce qui s'est passé en 166 ans : beaucoup de choses qui ne sont pas forcément présentes sur cette façade se concentrant sur la réinterprétation d'un Moyen Âge spéculatif. Alors, que s'est-il vraiment passé que l'on a caché ici ? Qu'est-ce que l'image peut en montrer aujourd'hui ?
Sur la photographie prise en 2017 de manière mécanique, un couple plutôt âgé consulte un panneau de médiation en bas et à droite de l'image. La photographie initiale nie le cadre urbain qui entoure l'édifice. Elle se concentre sur la façade sculpturale pour tout récit. Que s'est-il passé depuis ? Il n'est pas impossible que cette réinterprétation du Moyen Âge ne soit pas une réminiscence mais au contraire une prémonition : que l'époque à venir à partir du milieu du dix-neuvième siècle ne soit pas la modernité mais le retour à un second Moyen Âge, ténébreux, plein d'interrogation, tel que nous le connaissons peut-être aujourd'hui.

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